top of page
sitcom-pour-etre-libre-1997-2Be3-banniere.png

la sitcom story pour être libre

première partie : du phénomène à la sitcom

​​​29 août 1997. Il est quasiment 11h du matin et Dorothée ferme définitivement son Club sur TF1. Elle offre aux téléspectateurs une dernière séquence en chanson, avec Un jour on se retrouvera, dans les décors extérieurs d’AB Productions à la Plaine St-Denis, entourée de toutes ses équipes de la jeunesse et des sitcoms. Dans cette foule présente à l’écran, une surprise, autant pour elle que pour les téléspectateurs. Trois jeunes hommes aux physiques et visages bien connus font une haie d’honneur à l’animatrice, l’applaudissent et l’embrassent chaleureusement.​​​

Filip, Frank et Adel ont à peine 23 ans et s'ils ont sûrement grandi en regardant Dorothée à la télévision (plutôt dans Récré A2), en 1997, ce sont eux les nouvelles stars des adolescents. Ils forment à eux trois le boysband 2Be3 dont le premier single “Partir un jour” sorti à l’automne 96 et l’album éponyme sorti en janvier se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires. Depuis, ils occupent non-stop ondes radios et lecteurs CD. Il sont les erzats français, avec les groupes Alliage et G-Squad, d’un phénomène démarré aux États-Unis deux décennie auparavant.

 

Le 26 août 2997, si les 2Be3 sont présents à la Plaine St-Denis le jour de l’enregistrement de la dernière du Club Dorothée, c’est qu’ils sont eux aussi en plein tournage. Et spécifiquement de l’épisode 18 de leur propre sitcom intitulée Pour être libre et qui sera lancée en grande pompe sur TF1 quelque jours plus tard, le 1er septembre, à 18h. Retrospectivement, il n'est pas extravagant de considérer ce court instant partagé avec Dorothée comme un symbolique passage de relais.

Le phénomène boysband Aux commandes de cette sitcom, AB Productions donc et Jean-Luc Azoulay bien sûr. Au moment où la déferlante boysband s’abat sur la France à l’automne 96, les productions AB et les vedettes qui en sont issues n’ont plus le vent en poupe. Les nouveautés Elisa Top Model ainsi que L’école de passions, produites par Ariane Carletti et diffusées au dernier trimestre de 96 n’ont pas convaincu, elles ne dépasseront pas la saison 1. Les chanteurs et chanteuses maison (Christophe Rippert, Annette S, Manuela) ont aussi du mal à exister : les boysband et girlsband de la pop (des Worlds Apart aux Spice Girls) les ont éclipsé. L’accueil du public réservé aux 2Be3 lors de leur venue au Super Club Dorothée du mercredi 20 novembre 96 en est une des preuves, alors que le groupe vient à peine d’émerger un mois plus tôt.

sitcom-pour-etre-libre-super-club-dorothee-201196.png

Première rencontre entre Dorothée et les 2be3. Le Super Club Dorothée est leur seconde télé (après le Hit Machine le 9 novembre sur M6). Sur leur chemise noire, ils ont accroché le pin's Dorothée en forme de coeur.

Quelques mois plus tard, au printemps 97, TF1 annonce que le Club Dorothée s’arrêterait à la fin de l’été et les relations entre la première chaîne et les producteurs d’AB sont plutôt dégradées. Les trois seules séries encore en production pour TF1 à cette période sont Les Vacances de l’Amour, La Croisière Foll’amour et Les Années Fac. La chaîne en commande le strict minimum requis par leur « contrat sitcom » avec AB, tout en exigeant du renouveau et une qualité améliorée. Elle a même nommé en 1996 un responsable dédié à la gestion des sitcoms (ceux produits par AB et les autres) en la personne de Christian Bouveron. Un autre projet est en développement, Talk Show, sur les coulisses d’une émission et d’une chaîne de télévision, quand Jean-Luc Azoulay finit par se saisir du phénomène des boysband. Il n’est pas sans lui rappeler celui d’Hélène et les garçons dans la marée humaine qu’engendrent même la plus petite de leurs apparitions. Des groupes de jeunes et beaux garçons, chanteurs, des rêves de gloire et des potentielles histoires d’amour, on ne peut pas faire plus compatible avec l’univers d’AB Productions.

Alors qu’il soumet l’idée d’une série sur un boysband à TF1, la chaîne pousse davantage la reflexion et l’incite à raconter l’histoire d’un vrai boysband : les 2Be3. Même si le groupe Alliage est également envisagé (d'ailleurs produit par Gérard Louvin alors directeur des divertissements de TF1), après quelques essais, Filip, Franck et Adel tiennent la corde. Ils ne sont pas comédiens, mais ont un petit truc en plus : la danse, les acrobaties et le breakdance.

 

Au début du mois d’avril 1997, TF1 et AB se mettent d’accord sur une commande de 40 épisodes, au prix de 450 000 francs chacun, dans le cadre du contrat annuel qui les lie. Mais tout reste à faire.

Nom de code : projet 2Be3  AB Productions entre en collaboration avec la maison de disque du groupe, EMI Music France. Les deux parties se connaissent déjà car EMI est devenu le distributeur des disques du label AB depuis octobre 1996. Il est convenu d’arranger une nouvelle phase de casting avec Adel, Filip et Frank, histoire de mieux jauger leur capacités à jouer la comédie et à assurer un tournage. C’est chose faite le 23 avril, sur un court scénario comprenant 3 séquences, un bout d'éssai qui ne sera jamais diffusé bien sûr.

Le projet 2Be3 est atypique pour AB et Jean-Luc Azoulay qui a toujours joui d’un contrôle quasi-total sur ses créations. Ici, il va devoir collaborer avec un intervenant extérieur aux intérêts parfois divergents. Les premières requêtes d’EMI sont d’ailleurs très spécifiques : le label souhaite être coproducteur de la sitcom ainsi qu’avoir le contrôle des scripts et de l’histoire générale. AB ne serait qu’un producteur exécutif en somme. De plus, ils réclament 100% des recettes du merchandising de la série, potentiellement très lucratif. Après négociations, à la fin du mois d’avril, les deux acteurs tombent d’accord sur un partage : AB sera seul producteur et gardera 100% du copyright (des droits d’auteurs et d’exploitation et sera donc seul propriétaire de la sitcom) alors qu’EMI obtient 100% des revenus du merchandising (incluant l'édition vidéo). EMI fournira aussi toutes les musiques additionnelles qui accompagneront la série (exit Gérard Salesses et Jean-Francois Porry donc) et centralisera toute la promotion de la sitcom. La maison de disque mandate aussi deux personnes, Antoine Lamarche à la coordination de toutes les activités liées à la sitcom et François Moullec, consultant extérieur qui devra en suivre la ligne éditoriale et artistique.

La production se met en ordre de marche avec pour date de première diffusion le 1er septembre 1997 et le projet devient une priorité numéro un, ils n’ont que 4 mois pour mettre à l’antenne la série. La force de frappe de l’industrie AB va prendre tout son sens. La première urgence pour eux est de tourner deux vrais épisodes pilotes. Mais entre promotions et concerts, les disponibilités du groupe sont restreintes, c’est en parallèle de la préparation de leur Zenith que l’enregistrement est programmé, les 4 et 5 juin. Par ailleurs, pour tourner les 40 épisodes, ils ne seront disponibles qu’à partir du 15 juillet, soit sept semaines seulement avant le démarrage de la diffusion voulue par TF1.

Compte-tenu de leur inexpérience dans la comédie, AB n’envisage de leur faire tourner que 3 épisodes par semaine grand maximum, ce qui implique que la série n’aurait qu’une vingtaine d’épisodes d’avance en boite, ce qui est peu, et ne permet pas d’imprévus. Une pointe d’inquiétude s’installe dans l’équipe de production. Elle envisage même de proposer à TF1 de ne diffuser au démarrage qu’un épisode par semaine, le mercredi, ou à l’inverse seulement 4 épisodes par semaine avec une autre sitcom le mercredi (après tout, il y a pas mal d’épisode des Années Fac en stock prêts à être diffusés).

sitcom-pour-etre-libre-note-planning-mai-97.jpg

Durant le mois de mai, Jean-Luc Azoulay et Ariane Carletti travaillent sur la bible de la série, les personnages et leurs caractéristiques, en coordination avec Christian Bouveron, en charge du suivi des sitcoms à TF1. L’idée est de s’inspirer de leur histoire, de la fictionner, et d’utiliser tous leurs potentiels d’athlètes et chanteurs, pour mettre en scène l’ascension de ceux qui deviendront les 2Be3. Azoulay rencontre le groupe à plusieurs reprises pour qu’ils lui racontent leur histoire et leurs vies. Plusieurs lieux d’actions sont déterminés : la MJC, l’appartement des 3 garçons, le garage où travaille Adel, la salle de sport… Pour ne pas faire reposer toute la série (et donc les tournages) sur eux seuls, d’autres personnages sont appelés à être créés : un groupe de filles notamment, pour créer une rivalité et des histoires d’amour. Et pour les histoires d’amour, les personnages auront chacun leur différence : Filip sera le papillon « mais il faudra lui trouver une bonne explication pour ce comportement », Franck sera l’amoureux transi « mais qui ne concrétise pas » et Adel sera le discret, « dont on ne sait jamais très bien ce qu’il fait ». Enfin, il est choisi de ne pas évoquer leurs univers familiaux pour mettre en avant leur liberté de jeunes adultes fraîchement acquise, rêve de tout adolescent devant sa télé. 2 Be 3 est un jeu de mot et de consonance avec l’expression anglo-saxonne « to be free », être libre, et l’une de leur chanson est intitulée ainsi. Il ne faudra pas chercher le titre de la sitcom plus loin : il s’agira de « Pour être libre ». Mais pour s’assurer une voie de secours, AB dépose aussi le titre « Trois coeurs à prendre ».

La note d'intention de JLA à destination de TF1 - mai 1997

EMI donne son accord de principe sur la bible de « Pour être libre », ils souhaitent toutefois que la présence du « groupe de filles danseuses » soit limité à 20 épisodes sur 40, qu’il ne doit jamais être caractérisé par aucune appellation, ne doit jamais rester figé autour des mêmes personnages à part un seul, et ne doit pas apparaître au générique. Enfin, toute exploitation éventuelle et ses aspects dérivés seraient la seule propriété d’EMI. Le label ne veut clairement pas voir émerger un « Spice Girls » à la française dans la série, et qu’en plus il soit la propriété d’AB, elle-même maison de disque.

Les 4 et 5 juin, c'est l'heure de tourner le pilote, oui LE pilote, même si AB s’était arrangé dans le script pour le faire dans le moins de décors et avec le moins de texte possible, un seul épisode pilote n’est finalement tourné. Il s’intitule « Rivalités ». L’objectif est de pouvoir présenter cet épisode le 12 juin aux dirigeants de TF1 que sont Christian Bouveron et Guillaume de Vergès (le directeur adjoint de l’antenne, bras droit d’Etienne Mougeotte). Après le tournage, la post-production de ce pilote présage déjà des relations EMI-AB à venir : Jean-Luc Azoulay s’oppose à ce que François Moullec, le consultant artistique d’EMI, soit présent en salle de montage…

Le 12 juin, le visionnage de l’épisode avec TF1 soulève quelques points d’ajustements, c’est somme toute l’objectif d’un pilote. La chaîne souhaite un ancrage social plus réel, plus authentique et trouve les relations filles/garçons un peu trop archaïques (les embrassades « à pleine bouche » ne font pas l’unanimité non plus). Ils notent que les chorégraphies ne sont pas assez variées et qu’ils paraissent déjà trop professionnels de la danse. Dernière remarque, le mixage est à revoir, les rires et les applaudissements enregistrés (signature d’AB) sont trop présents. La question de supprimer les rires est même évoquée. Le visionnage entérine toutefois le lancement de la production de la série et ce premier jet est même conservé. Il deviendra par la suite l’épisode numéro 3 de la série.

AB planifie donc la production des 40 épisodes en fonction des disponibilités du groupe. Et la date de démarrage est fixée au 15 juillet. Le rythme est établi sur cette base : la mise en boîte de 3 épisodes par semaine avec une journée pour la lecture des scénarios et la préparation des danses avec un chorégraphe, suivie de trois jours de tournage (avec un épisode de 26 minutes par jour). A ce rythme, et avec deux semaines d’indisponibilités du groupe en juillet et août, le tournage des 40 épisodes s’achèverait le 14 octobre, soit 10 jours à peine avant le fin de la diffusion le vendredi 24 octobre. C’est donc un été studieux et dense qui s’engage chez AB, notamment pour Ariane Carletti qui enchaîne sur la production de la série juste après les enregistrements des Club Dorothée Vacances en Bretagne qui prennent fin le 11 juillet.

Le 15 juillet, les équipes de tournage investissent le plateau 900, l’ancien plateau du grand show du mercredi après-midi du Club Dorothée, ainsi que dans les décors extérieurs des studios AB : la « Rue Montmartre » avec son café et son épicerie déjà aperçu notamment lors l'été

à suivre

Vos commentaires

Partagez vos idéesSoyez le premier à rédiger un commentaire.
bottom of page