
l'histoire du club dorothée
Alors que les émissions vont toutes être regroupées sous le nom Club Dorothée, c'est encore le renouveau qui va prévaloir pour AB et Dorothée en ce début de la saison 1988/1989. Le catalogue s'enrichit déjà de nouveaux animés qui vont entrer dans le quotidien des téléspectateurs : Lamu, Dr. Slump, Georgie, Juliette je t'aime ou encore le fameux Ken Le Survivant débarquent.

Un renouveau aussi dans la production des émissions : forte de son contrat de 3 ans minimum avec TF1, AB s'installent en septembre dans les nouveaux studios dits de "La Montjoie" au 144 Avenue du Président Wilson. La société les a fait construire à la Plaine St-Denis durant tout l'été. Près de 7000 mètres carrés, dont 3000 de plateaux seront dédiés aux programmes qui occupent déjà 22h par semaine sur la chaîne. Des studios et des moyens techniques dédiés, des loges, un atelier de création de décors, des salles de montages, un personnel permanent de 150 personnes... Claude Berda et Jean-Luc Azoulay se veulent visionnaires et indépendants, avec à terme un investissement de 100 millions de francs.
Les nouveaux décors de salon et de cuisine pour le matin, et d'une scène de spectacle colorée et agrandie pour l'après-midi sont inaugurés le 30 septembre 88, en direct. L'équipe, elle ne change pas (même si le dessinateur Gébédé a disparu au printemps précédent) et se veut toujours proche du public, l'animation et l'improvisation se mélangent. La complicité évidente des animateurs donnent au programme une vraie valeur ajoutée qui contribue à son succès. Et quel succès, le Club Dorothée se targue de rassembler près de 60% du public.
Déjà dans le collimateur Mais le succès et l'exposition attirent aussi des ennuis, et cette rentrée 1988 est celle des premières attaques. Quelques semaines après l'arrivée fracassante des animés japonais, les premières voix s'élèvent contre la prédominance et la violence supposée de ces derniers. Catherine Tasca, ministre déléguée à la communication en tête, emboîtée par certains médias comme Télérama ou Libération. Un débat qui ne fait que commencer. Il s'agit aussi par le biais du Club Dorothée de tirer à boulets rouges sur TF1 privatisée. Dorothée devient malgré elle un des symboles de la télé commerciale. Pour Télérama, "faire du Foucault ou du Sabatier pour les enfants n'est pas une solution" et dénonce aussi la transformation des petits chérubins en mini-consommateurs.

Télérama n°2018 - 17 septembre 1988
L'auto-promotion des disques, des stars de TF1, et le placement de produits, comme on l'appelle aujourd'hui, étaient effectivement fréquents : des Musclés, nommés ainsi pour promouvoir la marque Fruité (voir photo ci-dessous), dont le slogan était "C'est plus musclé !" que Dorothée devait dire le plus souvent possible à l'antenne, à Papi Brossard dont le goûter était célébré tous les mercredis après-midi, sans oublier JouéClub qui offrait tous les cadeaux des jeux de l'ABC ou du Tu Chantes, Tu Gagnes...

L'avantage de ces pratiques étant qu'il y avait beaucoup de cadeaux offerts par les sponsors à faire gagner aux enfants en contre-partie de cette publicité incroyable.
« J'ai acheté tout ce qui bouge » Claude Berda
Sur le sujet des dessins animés, l'équipe d'AB Productions et TF1 ont donné le bâton pour se faire battre. On le sait désormais, les programmes ont été achetés sans réel discernement. Claude Berda le confiera en 2014, il est parti au Japon et a "acheté tout ce qui bouge, n'ayant pas la moindre expérience de ce qui marche ou pas" et Jean-Luc Azoulay d'ajouter "c'est ainsi que nous sommes tombés sur des pépites comme Les Chevaliers du Zodiaque". Mais ces animés sont pour certains destinés à un public de jeunes adultes : Ken le Survivant ou Cherry Miel en sont les meilleurs exemples. Ils sont pourtant diffusés chez nous dans des cases regardées par de jeunes enfants. La violence de Ken le Survivant provoque l'inquiétude de certains parents qui demandent, par voie de courriers et médias interposés, à faire retirer le dessin animé. Début octobre 88, il est déprogrammé, mais ce sont les enfants qui se plaignent et demandent le retour de Ken, qui est effectif 15 jours plus tard.
Dorothée prend la parole dès novembre 1988 dans Télé Poche et récuse la vision des adultes sur les programmes enfantins. Pour elle, il ne faut pas confondre violence et action. Et si quelques séries sont susceptibles de choquer les plus jeunes, elles sont en minorité (même si plus exposées) sur sa grille et rappelle que Les Popples, Dame Boucleline, Docteur Slump, Juliette je t'aime, ou Mon petit poney sont aussi proposés. Elle annonce toutefois que désormais les passages sensibles (et sanglants) seront coupés au montage.

Télépoche n°1189 - 21 novembre 1988
Par ailleurs, on reproche également au Club Dorothée de ne pas suffisamment éduquer les enfants, voire même de les abêtir. Elle argue, et le répétera à longueur d'interviews, qu'ils n'ont jamais eu pour ambition de remplacer professeurs ou parents. Les cinq animateurs sont là pour faire les clowns et divertir les enfants. Une vision que Corbier ne reniera pas non plus, «malgré ce que peuvent dire certains, c’est bien de faire le clown. Faire rire un enfant, c’est peut-être ce qu’il y a de plus beau» déclarera-t-il dans le documentaire « Il était une fois... Dorothée » en 2010. Et divertir les enfants, l'équipe s'y emploie inlassablement, tournant plus de 13 heures par jours parfois, entre tartes à la crème, seaux d'eau ou autres sketches absurdes de Pas de Pitié pour les Croissants ! Pour Dorothée, s'ajoute aussi la préparation et la promotion de son Zenith 1988, qui rythment l'émission jusqu'en décembre.
Sur la chaîne d'en face, Antenne 2, Jacqueline Joubert a été remerciée juste avant l'été et c'est Christophe Izard, créateur de Casimir et de nombreux programmes destinés aux enfants qui a pris la tête de l'unité jeunesse de la chaîne publique. Face à un Club Dorothée dominant, il est offensif, et n'hésite à se joindre aux critiques sur les productions japonaises, qui irriguent autant les programmes de la 5, avec notamment Jeanne et Serge et Olive et Tom qui font fureur (et moins scandale), que ceux de TF1. Izard structure ses programmes par tranches d'âge et mise sur Douchka, ex-égérie Disney et Claude Pierrard, parti de TF1 après son refus de travailler avec les équipes de Dorothée.
TF1 de son côté cherche aussi à diversifier son offre jeunesse, et avec le concours de Jean-Luc Azoulay et Claude Berda, qui ont cotoyé l'équipe de Disney France dans les années 80 avec Dorothée, la chaîne réussit à rafler à FR3 le contrat avec le studio américain. Les deux producteurs espèrent en profiter et gagner en crédibilité en diffusant les programmes Disney dans le Club Dorothée. Et cela commence donc dès janvier 1989. C'est dans le Club Dorothée du samedi et du dimanche que Spécial Disney s'installe, animé par Ariane et Dorothée, une séquence où sont proposés des séries et dessins animés issu du catalogue du studio.

Mais cela n'est qu'une première pierre. L'arrivée sur TF1 n'est pas anodine pour le groupe américain. Disney compte ouvrir EuroDisney au printemps 92 et veut une puissante vitrine médiatique et promotionnelle. En février 89, le mythique Disney Parade présenté par Jean-Pierre Foucaut est lancé également. Le fait que celui-ci ne soit pas géré par l'unité jeunesse de Dorothée est un signe précurseur, mais nous y reviendrons.
Salut les quotas En janvier 1989, après avoir déposé un amendement (à la loi de 1986) pour lutter contre la violence à la télévision, la député Ségolène Royal s'en explique dans Télé 7 Jours, avec Dorothée une nouvelle fois dans le viseur : « Sur TFI, c'est la loi du moindre effort. Une seule productrice monopolise les émissions jeunesse. On ratisse large. Il faut faire de l'audience. On diffuse à tour de bras des dessins animés japonais violents, qui n'ont même plus de scénario ».
« Qui a raison ? Les millions de téléspectateurs qui regardent ou les quelques milliers qui critiquent ? »
Dorothée
Quelques semaines plus tard, Dorothée fait usage de son droit de réponse avec un argumentaire offensif et similaire à sa prise de parole de novembre : «Ne confondons pas violence et action ! Moins d'un tiers des dessins animés proposés aux enfants sont violents. En fait, les dessins animés d'action ne représentent que 60 minutes sur 22 h de programmes (par semaine)». Elle s'en remet également au choix du public : «Les enfants regardent ce qu'ils aiment, [ils] savent très bien zapper» et d'enchérir : «Qui a raison ? Les millions de téléspectateurs qui regardent ou les quelques milliers qui critiquent ? Je pose la question».
Pour TF1 en général, et Dorothée en particulier, un autre front s'ouvre du côté du législateur : début février 89, le Conseil d'Etat, saisi par la CNCL, ordonne à TF1 de respecter ses engagements pris lors sa privatisation en 1987 : d'un côté, produire 100 heures par an d'oeuvres de fictions scénarisées destinées à la jeunesse (seulement 64 heures ont été produites en 1988) et respecter les quotas de diffusion de 60% (bientôt 70%) d'oeuvres européennes, dont 40% d'oeuvres françaises sur l'ensemble de la grille. En cas de non-respect, des amendes de plusieurs centaines de millions de francs tomberaient sur le diffuseur. TF1 est contraint de réagir. La chaîne va investir 16 millions dans la création pour la jeunesse et ouvre une nouvelle case de dessins animés produite en interne : le Club Mini, première émission dérivée du Club Dorothée, tous les jours à 6h30 avec des dessins animés français ou européens pour les tout-petits.
Les nouvelles obligations, et la demande du marché qui va en découler, vont accompagner la volonté du duo Jean-Luc Azoulay/Claude Berda de se diversifier : produire des séries animées est une ambition certes, mais pas que. Si s'allient avec Jean Chalopin, père d'Ulysse 31 et Les mystérieuses cités d'or, pour créer ABCD, un studio de co-production d'animés, ils ont aussi leur propre outil à portée de main. Avec plus de 1000 m2 de studios en plus de ceux du Club Dorothée, il y a toute une autre industrie de production potentielle à mettre en route. Et Azoulay voit le salut dans la sitcom, genre très répandu aux Etats-Unis mais beaucoup moins en France (les exemples notables sont Maguy, Marc et Sophie et Vivement lundi !). Au printemps 1989, il met en production la vie fictionnée des musiciens de Dorothée, les Musclés, dans... Salut les Musclés ! dans des situations comiques de leur quotidien. Enregistré entièrement en studio, avec des comédiens amateurs et des rires enregistrés, le programme est un vrai pari. Mais il permet de produire et diffuser "français" dans les cases jeunesse, et donc de remplir les désormais inévitables quotas d'oeuvres scénarisées. L'objectif est une diffusion d'ici la fin de l'année.
Le Club Dorothée prend ses quartiers d'été sur la côte d'Azur, après plusieurs émissions en direct sur les plages de Nice fin juin, les programmes sont ensuite pré-enregistrés dans un premier temps sur le sable puis dans une villa avec piscine dans les terres.
Cet été 89, Antenne 2 et Christophe Izard mettent en orbite Eric et Compagnie animé par Éric Galliano, étoile montante des animateurs à cette période et Noëlla Dussart. Et au vu du succès durant les vacances, ils en font le vaisseau amiral dès la rentrée de septembre. La chaîne va aussi renforcer sa politique d'achat de séries et dessins animés.
Nouveaux nés En cette rentrée 89, toujours dans le but de respecter les quotas de diffusion des nouvelles lois et pour donner le change, TF1 réduit les plages horaires du Club Dorothée. La case du tôt-matin disparaît et est remplacée par Avant l'école non produit par AB mais toujours sous la responsabilité de l'unité jeunesse de Dorothée. Les dessins animés proposés sont français ou européens issus du catalogue de la chaîne (Pif et Hercule, Rahan...).
En parallèle, au Club Dorothée, on fête deux naissances. Le Club Dorothée Magazine (qui deviendra rapidement le Dorothée Magazine) paraît pour la première fois le 19 septembre. Une nouvelle diversification pour AB qui l'édite via sa filiale SFC. Il sera tiré a plus 150 000 exemplaires chaque semaine. Il offre des bandes dessinées des séries diffusées dans l'émission, des articles, des jeux et des posters et tisse toujours un peu plus le lien entre le programme et ses jeunes téléspectateurs.
Autre heureux évènement, Ariane Carletti met au monde Tristan. Après avoir vu évoluer sa grossesse au cours des derniers mois, la naissance de son enfant avec Rémi Sarrazin est célébrée dans l'émission et le nouveau magazine avec (faux) duplex et reportage photo depuis l'hôpital. Elle s'enorgueillira plus tard du fait qu'il s'agissait d'une première à la télévision française.
Inlassable, en octobre 89, Ségolène Royal accouche elle du livre "Le ras le bol des bébés-zappeurs" et remet une pièce dans la machine de la polémique. Elle y fustige à nouveau la violence de Bioman (sic) ou "les dessins animés japonais bas de gamme" qui ne sont que "coups, meurtres, têtes arrachées, corps électrocutés, masques répugnants, bêtes horribles, démons rugissants. (...) La peur, la violence, le bruit. Avec une animation minimale. Des scénarios réduits à leur plus simple expression." Dorothée, en prend aussi pour son grade : "Celle-ci, au nom même de ses intérêts bien compris, ne devrait-elle pas rendre de comptes aux millions d'enfants dont elle exploite la confiance?" L'attaque est sévère.
Mais les critiques sont toutefois contradictoires. Ségolène Royal dénonce le fait que les dessins animés n'apportent pas plus de "douceur" et de "poésie" aux enfants, elle regrette "la télévision d'avant aux règles simples. Il y avait les gentils et les méchants. Et, en général, le gentil, le héros, tuait moins que les autres. Il gagnait aussi parce qu'il était le plus malin".
De son côté Télérama, reproche justement au "japoniaiseries" (néologisme à la fois méprisant et particulièrement inculte) d'être manichéennes et d'y "rencontrer toujours les bons au grands coeurs, injustement victimes d'affreux méchants qui finissent pas recevoir une bonne leçon." Télé 7 Jours étant le terrain de guerre médiatique, Dorothée reviendra à nouveau y répondre début janvier 90, elle annonce notamment qu'un pool de psychologues analysent les séries et dessins animés qui sont proposés dans l'émission.
De son côté, Jean-Luc Azoulay décide de ne pas se laisser faire et pour répondre aux détracteurs, use de ses techniques favorites : parodies, chansons, et sketches. Parfois en direction d'ennemis qui l'ont cherché : Ariane dans Pas de Pitié Pour les Croissants découvrira un livre avec écrit en gros sur la couverture Ségolène Royal dans une poubelle, elle l'y laissera, mais aussi la vache amie de Sahara le dromadaire aura la joie de se prénommer Ségolène. Le producteur écrit aussi pour Dorothée des chansons-réponses comme La Maison du Bonheur. Parfois, il s'en prend à de simples adversaires qui n'ont pas grand chose à voir avec les polémiques : Jacky et Patrick deviennent Marotte et Charlie, parodie de Marie et Charlotte qui animaient Récré A2 en 1987-88. Les Musclés eux recommandent le "fouet pour Eric et Noëlla", les animateurs d'en face dans leur chanson "Le Père Noël des Musclés". Rien n'est laissé au hasard.
En décembre 89, Salut les Musclés apparait sur les écrans dans le Club Dorothée après-midi pour les vacances de Noël. La chaîne ne mise pas grand chose sur ce nouveau format et est surprise par son immense succès. C'est la première brique d'un édifice qui permettra l'expansion à grande vitesse d'AB Productions dans les prochaines années.
À la fin de cette année 89, AB se rend compte également qu'ils n'auront été qu'une phase de transition. Fin décembre, le Spécial Disney avec Dorothée et Ariane s'arrête et une nouvelle émission débarque sur TF1 : le Disney Club, présentée par les 3 animateurs, Julie, Nicolas et Philippe et produite par Buena Vista, filiale de Disney. Le Disney Club comme Disney Parade est confié au sein de TF1 à l'unité Dominique Cantien, en charge à l'époque des émissions de divertissements de la chaîne. À cette période, celle-ci lorgne sur la direction de la puissante unité jeunesse de Dorothée, mais la patronne résiste et tape du poing sur la table, prête à mettre sa présence à l'antenne dans la balance s'il le faut. Vu le succès de ses programmes, la chaîne ne prendra jamais un tel risque et lui laisse le champs libre. Quand aux programmes Disney, ils feront la part belle à la promotion du parc, au même titre que le Club Dorothée fait celle de ses disques et produits dérivés. Le développement de ces programmes Disney met aussi à mal l'argument d'hégémonie de Dorothée et d'AB sur les émissions jeunesse de la chaîne, d'autant qu'ils ne vont cesser de croître au fils des années.
Giga Dorothée Yao-Goeun De son côté, la carrière de Dorothée dans la chanson prend un tournant en janvier 90 lorsqu'elle se produit pour la première fois sur la scène de Bercy à Paris. Largement traité dans les émissions, la chanteuse fait trembler la salle lors de 12 représentations à guichet fermé devant quelques 170 000 spectateurs. S'en suit une tournée dans une trentaine de villes. Jean-Luc Azoulay veut faire évoluer la perception musicale de la chanteuse pour enfants en chanteuse variété familiale avec son album Tremblement de terre, resté iconique, et le moins que l'on puisse c'est que cela fonctionne.
Le show lui ouvre même les portes de l'un des plus grands pays du monde : la Chine. Impressionné par le spectacle, un membre de la municipalité de Shangaï l'invite à se produire au printemps au festival international de l'art de la ville. Ni une, ni deux, la star et son Club embarquent pour l'orient. L'occasion pour l'émission de faire découvrir la région et de mettre en valeur le succès de la chanteuse à l'international : 3 concerts de 20 000 personnes.
Entre la fin de la tournée française et le départ pour la Chine, le Club Dorothée fait peau neuve. Nouvel habillage (les mosaïques de séries apparaissent) et nouveau décor sont mis à l'antenne début avril. Le renouvellement est la clé pour rester leader selon Azoulay. Depuis février, Éric et Compagnie est devenu Éric et Noëlla. Le programme a gagné des téléspectateurs tout au long de la saison et est porté par des séries puissantes : Jeanne et Serge, Les Tortues Ninja, Alf ou encore Les Merveilleuses Cités d'or.
Il donne du fil à retordre au Club Dorothée de TF1 : le mercredi matin, oscillant autour de 25% de pdm sur l'ensemble du public et sur 25% le public jeune des 6-14 ans. Le Club reste toutefois très large leader et devance Antenne 2 d'une vingtaine de points à 45% de pdm sur cette tranche (et 35 points de plus sur les 6-14 ans avec 60%).
De plus, en février 90, Antenne 2 met à l'antenne Giga, un nouveau format destiné aux adolescents et dont la programmation va faire mouche avec Les Années Collège, Sauvés par le Gong ou la Fête à la Maison. Ces sitcoms venus des États-unis permettent à l'émission de frôler les 30% d'audience, confortant AB dans l'idée que l'avenir est dans ce genre.
D'autant que les séries animées japonaises leur donnent des sueurs froides : au mois d'avril 1990, survient un nouvel écueil qui va alimenter les critiques du Club Dorothée. Un épisode de l'animé Muscleman présente Bocken Jr, compagnon du héros dans le camp des gentils, arborant sur sa tenue un svastika, la croix gammée emblème des nazis. Même si le personnage, un catcheur allemand caricatural comme de nombreux personnages de la série, n'est pas à prendre au premier degrés, l'image ne passe pas inaperçue. Bien au contraire. Le CSA se fend d'un communiqué informant qu'elle a demandé à TF1 que ces images ne soient plus diffusées. Le personnage problématique étant régulièrement présent dans l'intrigue Muscleman sera finalement dépogrammé à la fin du mois de mai.
Après la tournée et la Chine, pour Dorothée et son équipe, l'été 90 sera celui des premières vacances d'été au bout du monde, en Guadeloupe. Sahara, le dromadaire extra-terrestre apparaît dans le jardin de la (fraîchement construite) maison de vacances et leur confie leur première mission : sauver le monde ! Ils s'y emploieront très souvent lors des 7 prochaines années. TF1 depuis sa privatisation entre dans une phase une consensualisation qui joue des tours à Corbier : le groupe Bouygues, propriétaire de TF1, ne veut plus de sa barbe touffue. Il devra donc s'en séparer, à croire que son titre Sans ma barbe, sorti en 1988 était prémonitoire.
Plein show La rentrée de septembre 1990 marque un virage pour l'émission. Dans la lignée du show de Bercy, le Club Dorothée devient un véritable spectacle, et prends la majorité des codes des émissions de divertissement, notamment le mercredi après-midi. Un nouveau décor grandiose aux lumières dignes d'un concert, sur un plateau de 1000 mètres carrés dont on ressent l'ampleur, et une mise en scène qui starifie Dorothée : l'émission entre dans une nouvelle dimension et se veut toujours plus familiale. Pour les autres jours de la semaine, adieu les décors du quotidien. Un nouveau plateau moderne, aux touches futuristes avec des écrans "connectés au monde entier" sera le nouvel écrin. L'interactivité devient aussi la colonne vertébrale des séquences en plateaux via les jeux et le minitel.
Des décisions sont aussi prises afin de calmer le jeu des polémiques, Ken le Survivant est lui aussi supprimé à la rentrée 90, au bout de 84 épisodes (sur plus d'une centaine en tout) mais un nouvel héros va rencontrer un succès immense et fera oublier Ken : Nicky Larson débarque en octobre. Autre changement amorcé, la place des animés va un peu se réduire, ce sont les sitcoms américaines qui débarquent aussi dans les grilles du Club Dorothée notamment l'après-midi pour un positionnement plus familial de l'émission, l'objectif est de rassembler parents et enfants devant l'émission pour contrecarrer Antenne 2. Vu le succès de Salut Les Musclés ou de Sauvés par le Gong sur la 2, le sitcom a de beaux jours devant lui. Arnold et Willy, Punky Brewster, Ricky ou la Belle Vie vont rythmer les après-midi du Club Dorothée des saisons durant...
En octobre, Dorothée est reconduite à la tête de l'unité jeunesse de TF1, et la chaîne renouvelle son partenariat avec AB Productions pour 3 nouvelles années, jusqu'à fin décembre 93.
Quelques semaines plus tard, Sophie et Virginie, premier dessin animé français co-produit par AB et Jean Chalopin, est enfin annoncé sur le petit écran et en grandes pompes. C'est aussi à cette période que la série Dragon Ball prend fin, pour mieux revivre avec Dragon Ball Z. Les aventures de Son Goku et de son fils Son Gohan commencent et vont devenir un véritable phénomène, ainsi que source de nouveaux ennuis...
Au même moment, La Cinq recrute un des animateurs du Club Dorothée : Patrick Simpson-Jones part pour un pond d'or et une nouvelle aventure : animer un jeu sur la chaîne concurrente. Dorothée, Ariane, Jacky et Corbier poursuivent l'animation à 4.
Au printemps 91, toujours en quête de renouvellement, et de fidélisation, la production a encore une idée qui fera mouche : elle crée un véritable Club Dorothée, dont les téléspectateurs peuvent devenir membre. Totalement gratuit, en envoyant simplement une enveloppe timbrée, le nouveau membre reçoit sa carte, et bénéficie de nombreux avantages, dont des cadeaux "plus" lors des jeux, la possibilité d'assister à l'émission en priorité, et d'aller voir Dorothée et les stars AB en coulisses après les concerts. Et surtout, à la fin de chaque émission, les membres dont c'est l'anniversaire se voient souhaiter leur anniversaire par toute l'équipe et peuvent regarder leur noms défiler à l'antenne. Corbier l'explique très bien : "au début, y’avait un milliers d’enfant qui ont écrit “On veut la carte !” Et puis la semaine d’après ils étaient 5000, puis 10 000, puis 50 000, je ne sais pas combien de cartes on été faites, mais c’était colossal ! On a même embauché des gens pour s’occuper de ces cartes !" (2). Au final, le Club comptera 700 000 adhérents au terme de l'émission, engrangeant près de 100 000 membres chaque année.
Première sanction et Premiers Baisers Mais la fête est de courte durée. Une terrible sanction tombe quelques semaines plus tard. Pour avoir diffusé "dans le cadre du Club Dorothée, des scènes de violence et de sadisme" les 5 décembre 1990 et 3 janvier 1991, en l'occurrence dans Dragon Ball Z et SuperBoy, le CSA ordonne de TF1 des excuses via un communiqué à l'antenne juste avant le journal de 20 heures le 28 mai 91. Il sera vu et entendu par 8 millions de téléspectateurs.
La presse tombe à bras raccourcis sur la chaîne et l'émission. Rien de cela n'arrange ni les affaires d'AB, ni celles de TF1. Ceux-ci annoncent (à nouveau) la constitution d'un pool de psychanalystes, sous la direction cette fois de Catherine Grandcoing, directrice des études et du marketing. Les médecins visionneront tous les épisodes de tous les programmes qui seront diffusés dans les programmes jeunesse, qui devront désormais être irréprochables.
Pendant ce temps, à la Plaine St Denis, on produit plutôt de l'amour et de la fleur bleue : Justine expérimente ses Premiers Baisers avec Jérôme et toute la bande. Il s'agit d'une sitcom dérivée de Salut les Musclés ! dont les tournages ont débuté début avril au rythme d'un épisode par semaine. AB souhaite renouveler le succès de la série mère en la lançant à noël 91. De son côté, l'équipe du Club Dorothée part tourner les émissions d'été au Maroc et en Crète, à la recherche du Talisman d'Ulysse, loin de Paris et de ses turpitudes.


